5 CHOSES QUE TOUS LES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES AURAIENT VOULU SAVOIR AVANT DE SORTIR DE LÉCOLE

Depuis quelques années au Canada, l’éducation des médecins vétérinaires connaît un vent de changement. Certains départements d’institutions ont déjà transformé leurs programmes tandis que d’autres sont à la phase d’amorce d’une réforme pédagogique. Lors d’un congrès en 2008, l’« Association of American Veterinary Medical Colleges » avait souligné le besoin d’actualiser l’éducation nord-américaine en médecine vétérinaire, amenant différents établissements à emboîter le pas vers une remise à neuf de leurs programmes d’apprentissage. Le consensus : vouloir diminuer les exposés magistraux pour favoriser un meilleur accompagnement des étudiants et alimenter leur autonomie.

La faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary a commencé une réforme en 2016 du cursus offert aux futurs vétérinaires en favorisant l’innovation et en s’éloignant des modèles traditionnels d’enseignement. Le Ontario Veterinary College de l’Université de Guelph a quant à lui innové dans la construction de son programme pédagogique, ce qui lui a mérité la première place au Canada au classement des meilleures institutions de médecine vétérinaire. Au Québec, le programme de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal produira en 2019 les premiers finissants de sa réforme d’enseignement amorcée en 2014.

La réalité des médecins vétérinaires est en constant changement et il est primordial que la formation donnée reflète l’état actuel du métier. Trop souvent, les médecins vétérinaires sont confrontés à des situations, défis ou aspects particuliers du métier qui génèrent un questionnement : « Pourquoi n’en n’avons pas davantage parlé à l’école ? ».

L’équipe d’Oxilia vous présente donc ici sa liste (quoique sommaire) de ce que la plupart des médecins vétérinaires aimeraient savoir en sortant de l’école et qui n’est souvent pas ou peu abordé. Notre équipe tient à souligner la précieuse aide de la Dre Angélique Perrier-Edmunds, médecin vétérinaire depuis 2010 et vice-présidente de l’AMVQ (Association des Médecins Vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux).

#1 – Le rapport avec l’argent

Un savoir plus approfondi sur l’argent à plusieurs niveaux est quelque chose que la plupart des médecins vétérinaires nouvellement diplômés ne peuvent compter dans leur banque de connaissances. Un nouveau vétérinaire le constatera rapidement : il faut savoir parler d’argent avec les clients. Il peut être fâcheux de constater, pour un diplômé fraichement sorti de l’école fin prêt à pratiquer sa médecine, que les discussions sur l’argent prennent une majorité du temps du quart de travail. En réalité, il faut proposer des services en fonction du portefeuille de chaque client.

Les nouveaux médecins vétérinaires doivent apprendre à faire un plan de budget adapté. Ils doivent être capable d’identifier, au besoin, quel est le plus important traitement à appliquer et lesquels peuvent être mis de côté. Il s’agit de se concentrer sur ce qu’il y a de mieux pour le bien de l’animal en fonction d’un budget donné.

Les clients n’ont pas en général la même compréhension des coûts qu’un médecin vétérinaire. Certains penseront que le montant qu’on leur demande de payer sert directement à payer le salaire du professionnel. Il faut donc savoir nuancer en expliquant les coûts engendrés par les machines, les médicaments et autres installations. Et comment peut-on préparer les étudiants à de telles situations ? Avec une série de cas cliniques, par exemple. Différentes mises en situation avec un certain type de client différent à chaque fois, avec un budget et des montants fictifs pour chaque traitement. La partie imposante que prend la gestion de l’argent dans la routine du vétérinaire est trop peu connue par les étudiants

#2 – La gestion d’entreprise

« Je ne suis pas gestionnaire, et pourtant je gère à la journée longue »nous a indiqué Dre Perrier-Edmunds lors d’un récent entretien téléphonique. Il est évident que ce ne sont pas tous les étudiants en médecine vétérinaire qui aspirent à devenir des gestionnaires de cliniques. Néanmoins, il est primordial d’enseigner une base en gestion financière ainsi que sur l’organisation des ressources d’une entreprise afin de permettre aux futurs médecins vétérinaires de mieux comprendre comment les cliniques fonctionnent. Des formations spécialisées, des cours obligatoires ou bien une branche entrepreneuriale au doctorat pourraient être des options pertinentes pour les étudiants qui souhaitent se lancer en affaires à un moment ou un autre, ou bien ceux qui travailleront comme associés au sein d’une clinique.

#3 – Les relations interpersonnelles

Beaucoup d’étudiants en médecine vétérinaire sont convaincus que la grande partie du travail en clinique consiste à travailler avec des animaux. À leur grand étonnement, ils réaliseront bien vite que le travail avec les humains est autant sinon plus présent que celui avec les patients. Un peu comme expliqué plus haut avec le rapport à l’argent, c’est toujours le propriétaire de l’animal qui décide du traitement qui sera fait. Établir un bon canal de communication avec le client est donc essentiel. Ils voudront comprendre les raisons d’utiliser un médicament plutôt qu’un autre, quelles seront les étapes de la procédure, quels seront les effets et bien entendu, les coûts précis qui y sont rattachés.

La préparation à la gestion des reproches est un autre point majeur. Les propriétaires ne considèrent pas tous leurs animaux de la même façon, et cela va refléter la passion avec laquelle ils s’opposeront à vos recommandations. Votre façon d’expliquer les choses en dépendra. Le meilleur traitement possible que vous conseillerez au client ne sera donc pas toujours considéré par celui-ci, dépendamment de sa perspective par rapport à l’animal.

En plus des clients, le médecin vétérinaire doit apprendre à travailler en collaboration avec d’autres membres du personnel comme les techniciens en santé animale, les réceptionnistes, les autres médecins vétérinaires et même le
propriétaire ou gérant de la clinique. Plus que de connaître leurs rôles respectifs, il faut que les nouveaux diplômés puissent connaître les tâches qui peuvent être déléguées au reste d’une équipe. Cela passe par davantage de mises en situation pour préparer les étudiants à collaborer, interagir avec diplomatie et bien répartir une charge de travail.

Les compétences interpersonnelles seront aussi requises en dehors du quart de travail du vétérinaire et il faut savoir comment bien gérer cette facette du métier. « Il faut apprendre à mettre ses limites parce que ça peut vraiment dégénérer. Les gens peuvent venir te poser une multitude de questions sur Facebook. La gestion de cet aspect du métier est quelque chose que je n’ai pas entièrement réussi à assimiler encore », explique Dre Perrier-Edmunds. Les gens vous montreront la passion qu’ils ont pour leurs animaux dès que vous dévoilerez votre métier. Il faut y être préparé et connaître ses limites.

#4 – La gestion des émotions

« Les stages étudiants vont vite », renchérit Dre Perrier-Edmunds. « Les étudiants observent, ils n’ont pas à gérer et ne sont évidemment pas aussi investis émotionnellement que dans une vraie situation ». La routine d’un médecin vétérinaire est une montagne russe de situations. Le contraste entre chaque séance peut parfois être difficile à gérer. Annoncer à un client le recours à l’euthanasie pour un animal enfin de vie peut être directement entrecoupée par une vaccination annuelle d’un animal en parfaite santé. Les pleurs se mélangent avec les rires. Un médecin vétérinaire doit être préparé à une certaine gestion conséquente de ses propres émotions. « Il faut changer de mode assez vite lorsqu’on gère plusieurs dossiers en même temps », précise Dre Perrier-Edmunds.

De plus, la responsabilisation chez le médecin vétérinaire est un danger qu’il faut connaître à l’école. Ce qu’il faut retenir, c’est que la finalité ne vous revient jamais. Ça fait partie du métier.

Le rythme effréné des quarts de travail additionné à la lourdeur émotionnelle des dossiers peut engendrer un stress insurmontable et même la dépression pour certains. La solution est de travailler sur la capacité à être résilient à travers les situations du quotidien. Des ateliers de gestion du stress et sur l’atteinte d’un équilibre de vie seraient de bons outils pour sensibiliser les étudiants aux impacts du métier sur la santé.

#5 – Bien choisir sa clinique

À la sortie du doctorat, les diplômés auront le choix de décider vers quelle clinique ou hôpital ils débuteront leur carrière. Il est important pour les jeunesvétérinaires de choisir un établissement qui correspond à leurs valeurs et leur vision du métier. La politique de la clinique dépendra souvent de son emplacement. En choisissant une clinique en région, il faut s’attendre à devoir s’adapter à des pratiques de médecine vétérinaire différentes que ce qui se fait dans les grands centres. Si la clinique autorise l’euthanasie de convenance, êtes-vous prêt à le faire ? Si on vous demande de traiter un animal exotique alors que vous ne vous spécialisez qu’en petits animaux, serez-vous capable de vous débrouiller ?Certaines cliniques isolées géographiquement peuvent faire face à de telles situations. Pourquoi ne pas fournir aux étudiants en dernière année et aux nouveaux gradués un guide avec des questions pertinentes à se poser et à poser à la clinique afin de déterminer si celle-ci convient à leur philosophie personnelle ?

Vu la fulgurante évolution du métier, les programmes de formation des médecins vétérinaires de demain auront toujours besoin d’une constante actualisation. Il reste qu’en portant une attention plus vaste à la réalité des médecins vétérinaires d’aujourd’hui, les écoles pourront adapter un peu mieux leur cursus et ainsi fournir aux nouveaux professionnels un bagage plus fort pour naviguer dans le monde vétérinaire.